CONSEIL MUNICIPAL Trois ans de sursis pour l'aérodrome
Le conseil municipal de Colmar a voté hier soir de nouvelles modalités d'exploitation pour l'aérodrome de Colmar-Houssen, « jusqu'au 31 décembre 2005 ». La CCI restera gestionnaire, avec pour volonté principale de pérenniser l'aviation d'affaires au Centre-Alsace.
LES JOURS de l'aérodrome de Colmar-Houssen ne sont pas encore comptés : tout en réaffirmant sa volonté de trouver à terme « une solution alternative », la municipalité colmarienne a soumis hier soir au conseil municipal un protocole d'accord fixant, avec la Chambre de commerce et d'industrie, de nouvelles modalités de fonctionnement de la plate-forme, « dans l'attente de trouver une nouvelle implantation ». Avenant à la convention de 1991 (qui aurait dû durer 20 ans), ce nouveau texte porte sur les trois ans à venir : « La Ville et la CCI conviennent que l'activité de l'aérodrome de Colmar-Houssen soit poursuivie c…s jusqu'au 31 décembre 2005 ». Sur la base de cet accord, le contrat de gestion par lequel la CCI de Colmar exploite l'aérodrome va être prorogé pour la période 2003-2005. On se souvient qu'en novembre 2001, la CCI avait dénoncé le contrat de gestion en cours, avec effet au 1er juin 2002 : dans un contexte où le maire de Colmar ne cessait de dire tout le mal qu'il pensait de la plate-forme de Colmar-Houssen (« bruit », « risques de crash », etc.) et affichait sa volonté de la fermer, la CCI n'acceptait plus de supporter seule le déficit chronique généré par la structure.
« Un complément indispensable »
En appuyant la volonté des entreprises de la région de pouvoir continuer à bénéficier d'une plate-forme dédiée à l'aviation d'affaires, la CCI avait cependant demandé au préfet du Haut-Rhin de réunir toutes les parties intéressées, une rencontre qui a eu lieu le 1er mars 2002. Cette conciliation, l'engagement de l'État et la mobilisation de la Région et du Département (voir encadré) ont permis dans un premier temps que la CCI accepte de repousser la date d'effet de la dénonciation du contrat de gestion au 31 décembre 2002. Dans un second temps, un accord a donc pu se dégager pour poursuivre l'exploitation dans les trois ans qui viennent. Le protocole entériné hier soir par les élus souligne : « Les parties sont favorables au maintien de l'activité et à la pérennisation de l'aviation d'affaires en Centre-Alsace, complément indispensable à l'activité commerciale de lignes régulières mises en oeuvre sur les aéroports de Mulhouse-Bâle et de Strasbourg-Entzheim ». Dans un deuxième point, les parties « expriment leur détermination à réduire les nuisances sonores et prennent acte du fait que les axes de voltige, objet principal des critiques des riverains de l'aérodrome, ont été supprimés à compter du 1er juin 2002 ».
Opposition verte
Le conseil municipal a approuvé la convention à la quasi-unanimité : seul le Vert Guy Waehren (Rassemblés) a voté contre, voyant « un retour à la case départ ». L'élu estime que l'aviation d'affaires représente peu de volume (« 689 mouvements en 2001, chiffre en baisse de 43 %, sur un total de 42 000 mouvements dont 32 000 pour l'aviation sportive »). Guy Waehren craint une hausse du fret nocturne ; il craint encore que la suppression de la voltige, dont il se réjouit, « cache la forêt des autres nuisances » pour les riverains. Et de suggérer enfin qu'« on cherche plutôt une nouvelle ligne commerciale régulière pour cette plate-forme ». Position bien différente pour le reste du groupe Rassemblés. Après avoir rappelé son « opposition de toujours à la fermeture de l'aéroport », Monique Marchal, chef de file, a plaidé pour l'aviation sportive en relativisant l'impact du bruit qu'elle génère, avant de souhaiter la pérennisation de l'aéroport après 2005 et de juger que le maire « dramatisait les risques de crash ». Dominique Grunenwald (Dialogue et action) a espéré pour sa part « qu'on ne cherchait pas à dissuader l'aviation sportive indirectement en relevant les tarifs » (voir encadré).
Nuit : 550 mouvements par an
Pour le fret nocturne, pas de risque d'augmentation, a répondu l'adjoint Daniel Meyer : la convention précise que ce trafic ne pourra dépasser les 550 mouvements annuels actuels. Pour les risques de crash, il invoque le risque de précaution et note : « J'ai le souvenir d'un crash près de la foire aux vins, pas loin des habitations ». Gilbert Meyer a quant à lui relevé notamment : « Je visais l'échéance des contrats en 2011 pour la fermeture de l'aérodrome, mais j'ai profité de l'opportunité (ndlr : à ses yeux, la dénonciation anticipée du contrat par la CCI) pour réduire cette période c…s La situation n'est plus du tout la même depuis l'arrêté préfectoral de juin 2001 qui étend le périmètre d'exposition au bruit jusqu'à la route d'Ingersheim. Colmar est la seule ville en France dont la moitié de la surface est intégrée à un tel périmètre ». Quant à cette question de Monique Marchal sur l'après-2005, « Où envisagez-vous le transfert ? », le maire l'a laissée sans réponse. « È l'heure actuelle, il n'y a pas de solution autre que cet aéroport », estime Dominique Grunenwald. Contacté hier par L'Alsace, Gérard Fellmann, le président de la CCI, émet en tout cas ce souhait : « Que ces trois années laissent le temps de trouver au Centre-Alsace une solution pour garantir une plate-forme d'aviation commerciale ayant la flexibilité souhaitée par les chefs d'entreprises ».
L'horizon s'éclaircit pour l'aérodrome de Colmar-Houssen. Du moins pour les trois ans qui viennent.
L'Alsace 22 octobre 2002