Riverains : la loi du silence
De nouveaux exécutants joignent leurs instruments au concert qui se donne à
Colmar sur le thème du grand air de l'aérodrome: les riverains du terrain entendent... se faire entendre.Les membres de l'ADRACH ont -par définition- horreur du bruit. C'est sans doute pour cette raison que leur voix a quelque peu été occultée dans le débat concernant la survie de l'
aérodrome. «Nous représentons des centaines de Colmariens, victimes des nuisances du trafic aérien», expliquent Hubert Berget, François Seguin et Claude Mittelberger, respectivement président et membres du comité de l'ADRACH. Qui se défendent d'emblée d'un sectarisme qui ne mènerait à rien: «Nous n'avons rien contre l'aviation en général et les sports aériens en particulier. Peut-être la plate-forme aéroportuaire -aviation commerciale et sports aériens confondus- est-elle un atout pour la région de Colmar. Ce n'est pas à nous d'en juger. En revanche, nous entendons dénoncer les nuisances sonores que nous subissons à longueur de journée -et surtout de week-end- du fait des activités de l'aérodrome», expliquent les représentants de l'ADRACH. Qui -faisant là encore la preuve d'une réelle modération- reconnaissent qu'«en matière de bruit, il faut avoir conscience d'une certaine subjectivité. Mais ce n'est pas tant l'intensité du bruit que son caractère répétitif qui trouble notre environnement».Carence de lois
Si l'ADRACH n'a pas de position affirmée sur la fermeture de l'
aérodrome («Encore que, bien sûr, nous n'y serions pas opposés...»), elle dénonce en revanche les «libertés» que prennent certains pilotes avec la règlementation et les consignes données notamment par l'aéroclub lui-même. «Ainsi, dans un courrier adressé à tous les aéroclubs du nord-est de la France, le président du club de Colmar rappelle le circuit de piste de l'aérodrome de Colmar (l'itinéraire que doivent emprunter les avions au décollage et à l'atterrissage). Une fois sur deux, ce circuit n'est pas respecté!».De fait, les avions décollant en direction du sud (ce qui est le plus souvent le cas à la belle saison en raison des vents dominants) devraient normalement, dans l'axe de l'avenue de la Foire-aux-Vins, virer vers l'Est à la verticale des casernes et ne jamais survoler la zone au sud d'un axe avenue de Lorraine/avenue Joseph-Rey. Idem pour l'atterrissage plein nord: axe Joseph-Rey/avenue de Lorraine puis virage à droite vers la piste. Sans empiéter sur les quartiers de la Mittelhart ou Saint-Léon. «Le problème, c'est qu'en cas d'infraction, les autorités compétentes se déclarent... incompétentes». C'est effectivement ce qui ressort d'une déclaration d'un responsable de la Direction de l'aviation civile nord-est lors d'une réunion de la Commission consultative de l'environnement (qui regroupe des représentants des collectivités locales, des associations et des professionnels de l'aéronautique). «Si la règlementation est très complète concernant l'aviation commerciale, on déplore une quasi inexistence de textes pour l'aviation légère», nous a-t-on déclaré. Avant de proposer la création d'un groupe de travail dont la mission serait de créer une sorte de code de bonne conduite. Pour l'instant, nous refusons de participer à ce groupe de travail: on nous a fait trop de promesses non tenues... Nous n'accepterons de collaborer que lorsque les survols de zones habitées auront effectivement cessé. A titre d'incitation, on pourrait imaginer -en l'absence de textes- des sanctions internes pour les auteurs des infractions les plus caractérisées». C'est donc un plaidoyer sans haine ni parti-pris que développe l'ADRACH. Qui se montre tout de même plus catégorique dans l'éventualité d'un développement de certains vols commerciaux qui pourraient utiliser la plate-forme colmarienne dans l'hypothèse d'un classement de Mulhouse-Bâle en aéroport «coordonné».
Colmar pourrait ainsi accueillir la totalité des vols sous préavis court que Mulhouse n'accueillerait plus. Et de préférence de nuit. Ce qui serait tout à fait bénéfique pour les finances du gestionnaire... mais pas du tout du goût des riverainsDernières Nouvelles d'Alsace