Extraits de presse
 5.156. 20 décembre 2005 Le Conseil municipal vote sur l'aéroport

Rideau sur l’aéroport fin 2006

Le Conseil municipal de Colmar a voté hier la fermeture de l’aéroport le 31 décembre 2006, dans une ambiance houleuse. Des salariés de Liebherr ont manifesté à la mairie. L’épilogue du dossier a révélé des lézardes dans la majorité.

Vêtus de gilets jaunes fluo, une quarantaine de salariés de Liebherr se sont rassemblés devant l’hôtel de ville pour protester contre l’attitude du maire, après la lettre du PDG de leur société publiée dans la presse régionale (DNA du 17/12) en faveur du maintien de l’aéroport.. Le même jour, le comité d’entreprise s’était réuni et avait pris position contre la fermeture du terrain d’aviation. " M. Liebherr fait allusion à une délocalisation et le maire ignore ce risque en parlant de bonnes délocalisations. Liebherr (qui emploie près de l 500 personnes) est quand- même le premier employeur privé de la Colmar ", indiquait le communiqué du CE. Une vingtaine de manifestants ont rejoint la salle de séances, placée sous haute surveillance policière, où avaient pris place très nombreux auditeurs : personnel de l’aéroport, usagers...

" Nous ne serons pas les fossoyeurs de l’aéroport "

A moins de deux semaines de la fermeture programmée, le moment est crucial. Le maire avait promis un rapport d’étape sur la médiation engagée dans le dossier. Hier, il s’est mis en retrait, laissant à son adjoint aux affaires économiques Daniel Meyer le soin de présenter le rapport. Celui-ci a proposé un vote au scrutin public sur le protocole prévoyant la prolongation d’un an de l’aéroport à compter du 1er janvier 2006. Et sa fermeture en tout état de cause (si aucune solution de transfert n’est trouvée) le 31 décembre 2006. S’en sont suivies deux heures de débat passionnel, ponctuées par une quinzaine d’interventions dans les deux camps. Le groupe Dialogue et Action a demandé un vote à bulletin secret et comme d’autres, une modification de la délibération pour revenir au protocole de 2002. Celui-ci prévoit le maintien du terrain d’aviation sans rupture, jusqu’à ce que des solutions de substitution soient trouvées. " Nous ne serons pas les fossoyeurs de l’aéroport ", a lancé son porte-parole Daniel Buchinger. A gauche, le groupe Rassemblés estime qu’aujourd’hui, "ce qui manque à l’Alsace, ce sont des entreprises et pas des terrains ". L’adjoint aux finances Roland Wagner s’est désolidarisé publiquement de la majorité, dans un long plaidoyer en faveur de l’aéroport. "Il ne faut pas, a-t-il dit, handicaper les entreprises présentes depuis longtemps à Colmar par une fermeture sans alternative ", en citant les 2,5 millions d’euros de taxe professionnelle versés par Liebherr. Il craint que la Ville ne s’expose à des "actions judiciaires de la CCI et des usagers ". Très applaudi, Roland Wagner a demandé le retrait du rapport et proposé, comme d’autres collègues, le retour au texte de 2002.

" La CCI est à l’origine de la fermeture et depuis, elle s’en mord les doigts "

La garde rapprochée du maire est venue à la rescousse. "En décidant de dénoncer le traité de gestion fin 2001, la CCI est à l’origine de la fermeture et depuis, elle s’en mord les doigts ", a lancé l’adjoint Yves Muller. Il a évoqué l’inertie de la chambre consulaire et le refus qu’elle avait opposé à toutes les propositions municipales. Dans sa réponse point par point, Gilbert Meyer a martelé ces mêmes arguments récurrents. Pour le maire, le protocole d’accord présenté répond aux " préconisations du ministre des Transports Dominique Perben ". Vers 21 h45, le sort de l’aéroport était finalement scellé par 35 voix pour la fermeture au 31 décembre 2006, 11 voix contre, et deux abstentions.

Isabelle Nassoy

La majorité colmarienne déchirée

Si l’enjeu est économique, la " bataille de l’aéroport " de Colmar-Houssen, menée frontale- ment hier soir en public au conseil municipal, aura des conséquences politiques.

Jamais, depuis des dizaines d’années, une séance du conseil municipal de Colmar n’avait eu autant d’auditeurs. Soixante-dix personnes, membres du comité d’entreprise de l’entreprise Liebherr-France, premier employeur colmarien, personnel ou usagers de l’aéroport de Colmar-Houssen, sont massées debout autour des élus, rendant irrespirable l’atmosphère de la salle des séances.

Un débat sans ménagements

Après l’exposé des motifs par l’adjoint Daniel Meyer, le débat est sans ménagements. Des mots forts, inhabituels, sont jetés dans la bataille, autour de Gilbert Meyer, impassible. Daniel Buchinger (Dialogue et action, groupe d’opposition de droite) : "Comment être aveugle à ce point, et ne pas comprendre l’importance de l’outil économique qu’est un aéroport ? ". "Vous assumerez la responsabilité de cette décision! " Monique Marchal (groupe Rassemblés, opposition de gauche) : Vous faites une grave erreur, un jour vous devrez rendre des comptes. Errare humanum est : il n’est pas trop tard pour changer d’avis. " " Vouloir la mort de l’aéroport signifierait peut-être également votre mort politique ". Odile Ulrich-Mallet (Dialogue et action) : " La délibération soumise au vote est illégale ".

Roland Wagner signe la rupture avec son maire

Roland Wagner, le propre adjoint aux finances de Gilbert Meyer, ne fuit pas ses responsabilités : lui qui avait déjà laissé entendre son désaccord, le confirme. "Nous devons être en harmonie avec notre conscience profonde. Soyons ici humbles devant les entreprises, faut-il les handicaper par la fermeture de l’aéroport?". Il argumente pour le maintien, demande le retrait du rapport et signe publiquement, désormais, la rupture avec son maire. Hubert Rebert, le conseiller délégué privé de délégation par le maire pour avoir manifesté en faveur du maintien de l’aéroport il y a quelques semaines, rend hommage au "cran " de Roland Wagner. Jean-Marie Ritzenthaler, troisième élu de la majorité meyerienne, "s’associe " aux arguments de Roland Wagner. La majorité est déchirée jusqu’au coeur de la municipalité. Gilbert Meyer assure, répond point par point. Mais la réorganisation des rapports de force municipaux est désormais inscrite.

Marie-Thérèse Fuchs

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20 décembre 2005

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