Région - Aéroport de Colmar-Houssen / Gestion compromise
Le début de la fin ?
Le front uni patrons, syndicats, usagers, associations pour sauver l'aéroport des convoitises foncières municipales n'aura-t-il servi à rien ? Hier, le collectif des forces vives du Centre-Alsace (*) qui avait réuni 1 200 défenseurs du terrain d'aviation le 15 octobre à Colmar, avait le moral en berne. Dans un courrier " musclé " en date du 30 novembre, il avait demandé rendez-vous au ministre des Transports. A 20 jours de l'échéance fatidique, sa lettre reste sans réponse.
Et voilà que la médiation ouverte à la demande de Dominique Perben entre la mairie et la CCI est " suspendue ".
" Le terrain fermera le 31 décembre 2006 "
Lundi lors de la 2e réunion entre les parties, l'Etat a recommandé la poursuite d'activité de l'aéroport jusqu'au 1er juin 2006. La proposition précise que " si aucune solution de transfert n'était trouvée à cette date, le terrain fermerait en tout état de cause le 31 décembre 2006 ". Gérard Fellmann, préside! nt de la chambre consulaire, a refusé de signer " un marché de dupes ". " La recherche d'une alternative exige une période plus longue. Et le maire Gilbert Meyer n'a rien entrepris pour trouver des solutions les trois dernières années, malgré les engagements pris dans le protocole signé en 2002. " Résultat : " La CCI n'assurera plus ", dit-il, " la gestion de l'aéroport au 1e janvier 2006, si l'Etat ne bouge pas ".
Sauf coup de théâtre ministériel, l'avenir du tarmac de Colmar/Houssen semble scellé. " Son sort est entre les mains de Paris ", assure Gérard Fellmann. Juridiquement, la convention aéroportuaire liant l'Etat et la Ville court jusqu'à 2011. Le terrain d'aviation restera ouvert le 1er janvier prochain. Mais privé de pompiers, de logistique avec le retrait de la CCI, avec juste le personnel de la DGAC, son fonctionnement sera paralysé en pratique. " On a la fâcheuse impression que l'Etat et le maire laissent pourrir le dossier ", s'indigne Jean-Noël Pfaff, prés! ident de la commission transports de la CCI.
" L'Etat et la Région se dégonflent"
De son côté, le syndicat CFTC de l'aviation civile a annoncé qu'il allait lancer, le 20 décembre, un préavis de grève chez les contrôleurs aériens de l'EuroAirport et d'Entzheim. " Après le conseil municipal du 19 qui devrait se positionner sur le dossier de Colmar-Houssen ", précise sa représentante Joëlle Gérard.
Hier, les défenseurs de l'aéroport, acculés ont exprimé leur colère contre " l'Etat et la Région qui se dégonflent sous prétexte de décentralisation ". Contre le maire qui a réussi à " fiche en l'air un outil d'utilité publique " et n'a que " des entreprises fantômes " a mettre à la place de l'aérodrome. Dans la guerre d'usure engagée depuis 4 ans entre le politique et le monde socio-économique autour du tarmac de Colmar Houssen, le premier semble avoir marqué un point décisif.
I. N.
Région
Commentaire
Gilbert Meyer est à deux doigts d'être déclaré vainqueur du bras de fer qui l'oppose aux forces vives économiques de l'Alsace centrale. Dans trois semaines, l'aéroport de Colmar-Houssen sera de facto paralysé (lire ci-contre). Autrement dit, il est définitivement condamné car on n'imagine pas qu'une solution alternative puisse être trouvée en six mois alors qu'en trois ans, aucune des propositions de remplacement, à commencer par celle de la base aérienne de Meyenheim, n'a tenu la route.
Un stupide bras de fer
L'avenir seul dira qui, du maire de Colmar ou des milieux économiques, avait raison dans cette bataille homérique autour de 110 hectares de réserve foncière. Seront-ils bientôt remplis d'entreprises de haute technologie à forte valeur ajoutée et créatrices de milliers d'emplois, comme le promet Gilbert Meyer ? Au contraire, la fin d'une aviation commerciale de proximité détruira-t-elle de nombreux emplois dans le centre Alsace et! plombera-t-elle le dynamisme économique de ce secteur, comme le prédisent les opposants à la fermeture ?
Ce combat alsaco-alsacien aurait sans doute pu être évité si une stupide concurrence entre des aéroports certes trop nombreux dans la région du Rhin supérieur avait été remplacée par la concertation et une bonne répartition des rôles. On n'en serait pas là non plus si un vrai dialogue s'était substitué à la confrontation de positions intangibles. Mais cela suppose que ceux qui ont en main le pouvoir de décision ne s'enferment pas dans leurs certitudes. En l'occurrence, la responsabilité du politique, auquel les citoyens confient la tâche de favoriser le vivre ensemble, est plus grande que celle du monde économique.
Claude Keiflin
Dernières Nouvelles d'Alsace - 10.12.2005