Extraits de presse
 5.4. février 2001 La réaction des communes

Houssen-Meyenheim : la Hardt se rebelle

Les maires des communes mitoyennes ou voisines de la BA 132 refusent tout transfert des activités aéroportuaires colmariennes sur la base militaire haut-rhinoise.

GILBERT MEYER, député-maire RPR de Colmar, vient de réussir un joli coup... Unir contre lui et sans faille tous les maires, toutes tendances politiques confondues, de toutes les communes mitoyennes ou voisines plus ou moins proches de la BA 132 de Colmar-Meyenheim, sans exception. Son projet de transférer sur la base militaire de Meyenheim les activités aéroportuaires de Colmar-Houssen (nos précédentes éditions) a entraîné dans la Hardt une véritable rébellion des élus, de certaines associations nées lors de l’annonce du projet DHL en 1997 et de la population. Leur réponse à ce que certains considèrent comme une « fanfaronnade » : un non ferme et définitif !

Cette affaire est conduite au mépris de la démocratie la plus élémentaire

Les maires des communes riveraines (dix-huit communes), dont le conseiller général RPR et maire d’Ensisheim, Michel Habig, n’ont littéralement pas cru bien voir lorsqu’ils ont découvert dans la presse le projet dévoilé par Gilbert Meyer dans le cadre de sa campagne municipale colmarienne. Dès mercredi soir, Michel Habig s’est retrouvé, quasiment spontanément après quelques coups de fils, avec ses pairs, maires et adjoints des villages concernés. Il ne leur a pas fallu de longs débats pour s’opposer à ce projet. Ils ont décidé d’interpeller le député de la circonscription, Jean-Pierre Baeumler (PS), qui s’est dit lui même choqué par la manière de procéder du maire de Colmar. Cependant, les élus hardtois vont au-delà des déclarations du député qui avait souligné qu’il n’était « ni pour ni contre le projet », « mais qu’il attendait de voir le dossier ». Les maires des communes voisines de la Base, eux, s’opposent sans nuances à cette implantation et ne veulent plus en entendre parler.

Les élus ont d’ailleurs des arguments et les ont présentés hier après-midi aux médias à la mairie de Meyenheim : Cette nouvelle a causé un énorme émoi dans nos communes », expliquent-ils d’un seul choeur. « II faut dire que la nouvelle nous a été assenée sans préavis ». Et de dénoncer la manière d’agir du maire de Colmar : Cette affaire est conduite au mépris de la démocratie la plus élémentaire. L’accord donné par le ministre est en contradiction flagrante avec les assurances fournies fin 1997 par Lionel Jospin, Premier ministre, de ne rien entreprendre sur le devenir de la base de Meyenheim sans information et concertation préalables », écrit Michel Habig au député Baeumler pour lui demander d’intervenir avec urgence « pour qu’un démenti formel soit apporté toute velléité de transfert de l’activité aérienne de Colmar vers Meyenheim ».

Les propos du maire d’Ensisheim semblent relativement mesurés par rapport à ceux des autres élus, qui se montrent ulcérés par les déclarations de Gilbert Meyer. Celui-ci prend une véritable volée de bois vert. Les élus font chorus : Le maire de Colmar peut avoir tous les projets qu’il veut, il n’a pas à décider à notre place. Nous ne sommes pas les poubelles de Colmar. Ca suffit de transporter tous les problèmes chez nous. Nous n’acceptons pas le fait du prince. C’est un mauvais coup qui nous vient du nord. Comme toujours. » Et de citer plusieurs projets avortés : porcherie de Munchhouse, épandages des boues de station d’épuration... Sans parler de DHL souhaitant s’implanter sur la BA 132.

Les maires reprochent au député colmarien le manque de sérieux : « Même pas un minimum d’études » ; le manque de transparence : « Nous venons à peine de terminer le travail sur le schéma directeur. Or ce projet n’y figure pas. Cette attitude est inadmissible ». Les élus sont remontés et ne veulent pas d’un troisième aéroport régional qui deviendrait le déversoir des surplus de Bâle-Mulhouse. Les maires sont soutenus par la population et les associations de sauvegarde de l’environnement, dont la Fédération des associations pour l’avenir du site de la Base de Meyenheim, abondent dans leur sens en ajoutant : « Nous n’accepterons pas cette implantation sauvage, pas plus que nous ne tolérons ces manières indignes de la démocratie. Quitte à abandonner l’activité militaire à plus ou moins long terme, nous avançons l’idée de transformer la Base en zone de développement économique ».

La qualité de vie passe avant certains impératifs économiques

A quoi les élus surenchérissent: « C’est nous les acteurs de cet espace. Pour nous, la qualité de vie passe avant certains impératifs économiques ». Et de craindre, entre autres, que l’effet d’annonce de Gilbert Meyer fasse fuir les candidats à la construction. « Ceux qui veulent s’installer chez nous sont inquiets ». Ne cachant pas que l’intervention du maire de Colmar est ressentie comme un coup bas, notamment en période électorale, les élus lui tendent encore une ultime perche : « Le maire de Colmar doit être assez intelligent pour comprendre qu’il ne lui reste plus qu’à retirer ce projet ». Mais certains maires d’ajouter en aparté : « Où est le bon sens dans ce coup foireux ? Gilbert Meyer n’a même pas rendu service à ses amis politiques... »

JEAN-MARIE NICK

L'Alsace 9 février 2001

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