Extraits de presse
 5.92. 13 juillet 2005 Le dossier est entre les mains de Perben

Aéroport de Colmar : le dossier entre les mains de Perben

Le préfet du Haut- Rhin a saisi le ministre des Transports, Dominique Perben, au sujet du devenir de l’aéroport de Colmar-Houssen. Il demande à l’Etat de prendre position d’urgence.

Michel Guillot se veut sans parti pris : le préfet du Haut-Rhin ne se voit ni dans le rôle du fossoyeur, ni dans celui du sauveur de l’aéroport de Colmar dont le maire de la ville a programmé la fermeture qui figurait à son programme électoral dès les municipales de 2001. Gilbert Meyer a simplement troqué les arguments de sécurité aérienne de cette époque contre une justification économique, avec la création d’une zone d’activités sur son emprise, et un motif de sécurité publique, avec la construction, également sur le site, d’une nouvelle prison qui 1ibérerait celle du centre ville, vétuste et surpeuplée (180 détenus pour 119 places). Michel Guillot tient à sa neutralité : Je reste attentif aux expressions des différentes parties". C’est ce qu’il a précisé, mi-juin; au nouveau ministre des Transports Dominique Perben, pour lui situer la position à laquelle s’est tenue jusqu’alors la préfecture du Haut-Rhin : " L’Etat ne saurait imposer une solution concernant l’avenir de l’aéroport de Colmar-Houssen et celui de l’activité qui y est actuellement basée. Il appartient aux différentes parties locales concernées, collectivités, populations riveraines, entreprises et usagers aéronautiques, de poursuivre le débat ".

Sous des cieux parisiens

N’empêche, le préfet ne reste pas les bras croisés. En réponse aux interpellations des chefs d’entreprise’ qui exigent de l’Etat qu’il arbitre le sort de l’aéroport il a saisi Perben du dossier soulignant que "la mobilisation des élus, utilisateurs et socio-professionnels sur ce dossier est en effet de plus en plus forte ". Michel Guillot a même insisté auprès du ministre " sur l’urgence d’un positionnement de l’Etat dans ce dossier ".

L’avenir de Colmar-Houssen se jouera donc sous des cieux parisiens. " Je suis dans une forme hiérarchique, vous comprenez, confie le préfet, Mon rôle est d’indiquer les évolutions du dossier pour qu’au niveau ministériel il y ait une prise de position avant la fin 2005 ". La fin de l’année, c’est l’échéance arrêtée par 1’accord signé en 2002 entre la Ville et la CCI, s’agissant de là poursuite de l’activité de l’aéroport." Rideau après ? Tout dépendra de l’analyse juridique que fera l’Etat. Car la convention CCI/Ville de Colmar n’est pas tout. Elle n’est que le sous-traité de gestion d’une convention qui lie l’Etat et la Ville depuis 1991 et pour une durée de 20 ans, portant sur l’aménagement, l’entretien et l’exploitation de l’aéroport. Le diable étant dans les détails, il faut se pencher. sur l’article 40 de cette convention: il stipule, selon une note juridique transmise à Perben, qu’elle ne peut être dénoncée qu’à l’expiration d’une période de 20 ans, soit juin 2011. A moins d’une défaillance du signataire...

Scenarii

Le fond juridique de cette affaire reste à éclaircir. Parallèlement à la saisine du ministre, le préfet Guillot a demandé au directeur de l’aviation civile Nord-Est " d’élaborer rapidement une note juridique développant les différents scenarii envisageables au 31 décembre 2005 ". Les scenarii ? Soit l’aéroport reste ouvert mais sans les moyens techniques de son exploitation et " sa fermeture intervient ultérieurement ", soit il cesse son activité du fait de la. rupture de la convention Ville-CCI à la fin de l’année. Dans ce second cas s’appliquerait l’article L 225-1 du Code de l’aviation civile, qui prévoit que " lorsque le signataire n’exécute pas les obligations qui lui incombent du fait de la convention (...), le ministre chargé de l’aviation civile prononce, s’il y a lieu, soit la mise en régie de l’exploitation de l’aérodrome aux frais du signataire de la convention, soit la résiliation de la convention".

NathaIie Chifflet

L’économie, argument partagé, conclusions opposées

C’est un paradoxe du dossier de la fermeture de l’aéroport de Colmar : un même argument de développement économique sert au maire d’un côté, aux chefs d’entreprises de l’autre. Le maire de Colmar, Gilbert Meyer, qui persiste à ne voir " aucun avenir pour cet aérodrome ", ne cesse de brandir la nécessité de libérer le terrain pour y créer une zone d’activités. Il vient encore, de l’écrire au patron de la Chambre régionale de commerce et d’industrie d’Alsace, Jean- Pierre Lavielle, ainsi qu’aux acteurs économiques : " Le développement, la création d’emplois, l’avenir de toute la région passent par l’utilisation économique de ces 110ha ". " Y renoncer serait catastrophique ", déclare-t-il. " Préserver le dynamisme économique ", voilà aussi l’argument du président de la CCI de Colmar, Gérard Fellmann, qui présente l’aéroport comme un outil de développement indispensable ". " Ce n’est pas en pénalisant les entreprises existantes avec la suppression d’un outil de travail qu’on va améliorer la situation économique, hélas dégradée ", fait-il valoir. Une association des entreprises pour l’aéroport de Colmar- Houssen (ADEPACH) s’est constituée, qui rassemble 200 entreprises, utilisatrices ou solidaires. Elle est présidée par Jean-Luc Dejean, directeur de Mark IV, l’équipementier automobile d’Orbey (*). Le monde économique, soutenu aussi par la présidente du MEDEF Alsace Christiane Roth, organise ainsi la défense de l’aéroport et se prépare à ester en justice, au cas où.

(*) L’entreprise reçoit aujourd’hui même la visite de Frangois Loos, ministre délégué à l’industrie, dans le cadre de l’homologation, hier, par le Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire, du pôle de compétitivité " véhicule du futur " (nos pages d’Informations générales).

Dernières Nouvelles d’Alsace 13 juillet 2005

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