Extraits de presse
 5.99. août 2005 Le numéro spécial aéroport du Bulletin de la CCI

CCI en Bref Le journal d’information de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Colmar et du Centre – Alsace

N. 176 Août 2005

Aéroport de Colmar-Houssen :

l’avenir économique du Centre Alsace menacé

C’est un numéro spécial " Aéroport de Colmar-Houssen " que vous avez sous les yeux. J’ai en effet choisi ce support, largement diffusé à quelques 9 ooo exemplaires, pour vous informer des récents développements de ce qui est malheureusement devenu " l’affaire " de Colmar et du Centre-Alsace.

Vous avez pu suivre, au cours des dernières semaines, notamment par voie de presse, mais aussi par le biais de courriers expédiés par le Député-Maire de Colmar, le débat opposant le monde économique du Centre-Alsace à M. MEYER, lequel n’a de cesse de marteler des propos par lesquels il exprime sa volonté de fermer l’aéroport de Colmar- Houssen au 31 décembre 2005.

A la tête de la CCI de Colmar et du Centre-Alsace et, comme tel, représentant de l’ensemble des 8 000 entreprises de l’industrie, du commerce et des services, cette situation me mobilise particulièrement. Elle est d’autant plus navrante qu’aujourd’hui, la sauvegarde de notre tissu économique, dont je rappelle qu’il est à l’origine des richesses produites et redistribuées sous forme notamment de salaires, ainsi que de plus de 5o% des ressources fiscales des collectivités, réclame, plus que jamais, une synergie entre le pouvoir politique et le monde économique.

Une telle synergie existe da ns différents secteurs de notre circonscription au profit desquels nous menons d’ailleurs une action concertée avec les responsables politiques.

A Colmar, et à mon très grand regret, ce n’est pas le cas, alors même que l’enjeu lié à l’avenir de l’aéroport est, ni plus ni moins, l’avenir économique du Centre-Alsace tout entier.

Car s’il est vrai que le trafic d’un aéroport comme Colmar-Houssen n’est en rien comparable à celui de l’EuroAirport ou de Strasbourg-Entzheim, la plate-forme colmarienne constitue cependant un outil de travail essentiel pour nos entreprises.

Notre aéroport a été un critère de choix pour l’implantation de quelques-uns de nos plus gros employeurs. A l’heure d’une mondialisation qui exacerbe la concurrence et d’une Europe qui s’élargit, il est particulièrement mal venu de vouloir supprimer un tel équipement, dont la gestion – je le rappelle en passant – ne coûte rien à la Ville de Colmar.

Sommes-nous aujourd’hui en mesure de prévoir le rôle exact d’un tel aéroport dans le développement économique d’ici 10 ou 15 ans ?

Sans doute pas, mais il est certain que la recherche constante, par les entreprises, d’une compétitivité accrue notamment par une grande réactivité et la facilité de déplacement qu’elle suppose, plaide incontestablement pour le maintien d’un tel équipement en Centre-Alsace, dans l’immédiat et pour le futur.

Un aéroport participe, au même titre que le réseau TGV et les axes autoroutiers, au désenclavement d’une région.

Quant à l’argument, régulièrement brandi par le Député-Maire de Colmar, de la nécessité de dégager 110 hectares de terrain pour accueillir de nouvelles entreprises, je réponds que les surfaces d’accueil existent, de l’ordre de 450 hectares pour le seul Grand Pays de Colmar, et que notre devoir à tous est de nous préoccuper avant tout du maintien du tissu industriel existant, lequel clame haut et fort son attachement à l’aéroport.

Enfin, je constate avec plaisir qu’en dehors de la CCI elle-même qui a redit, à l’unanimité de ses membres, son attachement à l’aéroport en Assemblée Générale du 29 avril 2005, s’est créé un véritable mouvement de mobilisation des entreprises, groupées au sein d’une association, ainsi que d’un grand nombre d’organisations patronales et syndicales de salariés.

Je félicite les chefs d’entreprises, leurs salariés et toutes les personnes qui se mobilisent ainsi, de même que je remercie les nombreux élus de collectivités, qui jour après jour, manifestent avec clairvoyance et courage, leur soutien à la plate-forme d’aviation d’affaires du Centre-Alsace.

Ils se battent, les uns et les autres, aux côtés de la CCI, pour qu’une décision hâtive, et non partagée par le plus grand nombre, ne vienne pas handicaper le développement économique présent et futur du Centre-Alsace.

Je tiens d’ailleurs à rappeler que la CCI, comme les entreprises elles-mêmes, ne s’est jamais opposée, sur le principe, à ce qu’une solution de substitution, en Centre-Alsace, ne soit recherchée, à l’initiative de la Ville de Colmar, qui s’y est engagée à condition d’offrir la même souplesse de fonctionnement que la plate-forme actuelle.

Pour votre parfaite compréhension de ce dossier, je vous invite donc à prendre connaissance de deux courriers :

    • celui du Député-Maire de Colmar, du 24 juin,

    • ma réponse du 8 juillet 2005.

Gérard FELLMANN

Président de la CCI

de Colmar et du Centre-Alsace

Courrier du Député-Maire de Colmar du 24 juin 2005

Vous êtes actuellement interrogé par différents intervenants quant à l’aérodrome de Colmar-Houssen. Pour votre information personnelle, je tiens à vous livrer quelques éléments de compréhension.

1- Contraintes urbanistiques

L’aérodrome de Colmar-Houssen (110 ha) se situe dans la partie agglomérée Nord-ouest de la ville. Une bonne partie Nord de la ville est comprise dans le périmètre d’exposition au bruit. De grandes contraintes pèsent donc sur ce secteur. Le développement Nord de la Ville est bloqué.

2 - Utilisation actuelle de l’aérodrome

L’activité de l’aérodrome est de loin essentiellement une utilisation sportive. Y sont pour beaucoup exercées des disciplines ou des pratiques ailleurs interdites. L’aérodrome est ainsi devenu " l’entonnoir " des interdits d’ailleurs.

En outre, la plupart des disciplines sportives peuvent être pratiquées sur d’autres sites en Alsace, plus proches du domicile des sportifs concernés. Au-delà de ce constat, faut-il aussi dire que progressivement quelques " privilégiés " se sont appropriés le terrain comme gadget pour leur sport personnel, sans aucun rapport avec l’économie et l’emploi.

3- Impact économique et autres possibilités de déplacement

Les déplacements professionnels représentent très peu de mouvements (entre 10et 15%) du trafic. Il faut relever que Colmar est à 35 minutes de Bâle-Mulhouse et à 45 minutes de Strasbourg-Entzheim. Les usagers des vols professionnels ou économiques sont souvent plus proches de ces deux aéroports que de Colmar.

Par ailleurs, actuellement, les emplois directs sont inférieurs à 10 (pour 110 ha).

4 - Dégradation économique de la région

Sur le plan économique, la région de Colmar a perdu ces 10 dernières années plus de 1500 emplois de production. Nous devons en plus assurer une gestion de friches industrielles dont personne ne veut.

Nous sommes dans l’incapacité d’accueillir des créations d’entreprises nouvelles. Nous n’avons plus de terrain disponible. Nous sommes dans l’impossibilité de proposer un seul hectare de terrain, tant à Colmar que dans le périmètre de la communauté d’agglomération.

Le développement, la création d’emplois, l’avenir de toute la région, passent par l’utilisation économique de ces 110 ha. Une perte d’emplois supplémentaire comme nous l’avons vécue ce dernières années, serait catastrophique pour toute la région dans la mesure où des surfaces nouvellement disponibles ne permettent pas des créations d’activités.

5 - Position juridique de l’aérodrome

Les 110 ha sont propriété de la Ville de Colmar. Dans l’actuel Plan d’Occupation des Sols, la totalité de la surface est déjà classée comme " terrains à vocation économique ".

6. Exploitation de l’aérodrome

L’aérodrome est exploité à travers deux conventions :

  1. la concession Etat/Ville de Colmar, qui arrive à échéance en 2011,

  2. Le traité de gestion Ville de Colmar / CCI de Colmar. Ce traité de gestion, au départ, correspondait à la durée de concession, soit jusqu’en 2011

Pourtant la CCI a dénoncé d’elle-même le traité le 19 novembre 2001 (voir annexe).

La CCI peut-elle dès lors reprocher à la Ville de Colmar sa position, dans la mesure où c’est elle qui a dénoncé le traité de gestion ? (!)

7- Position politique de la Ville de Colmar

Au regard des contraintes posées par cet aérodrome d’une part. D’autres part, en raison des nécessités de terrains pour le développement économique et pour l’emploi, la suppression de l’aérodrome figurait noir sur blanc, dans les propositions faites par l’équipe majoritaire aux électeurs, lors des municipales de zoos.

Vous connaissez les résultats de cette élection. Six listes étaient en compétition, dont certaines défendaient l’aérodrome. Ma liste qui avait proposé la suppression de l’aérodrome a emporté les élections dès le premier tour.

Je tenais à vous résumer ces quelques points importants sur la situation de l’aérodrome pour votre information personnelle.

Je vous remercie de l’attention prêtée.

Veuillez agréer...

Gilbert MEYER

Réponse du Président de la CCI du 8 juillet 2005

Vous avez certainement été destinataire, fin juin dernier, d’un courrier de M. le Député-Maire de COLMAR dans lequel il vous a fait part de son point de vue concernant l’aéroport de COLMAR- HOUSSEN dont il a décidé la fermeture d’une manière formelle et unilatérale le 31 décembre 2005.

Pour votre parfaite connaissance du dossier, je me dois, en tant que porte-parole des 8100 entreprises de la circonscription de la CCI de COLMAR et du Centre-Alsace, de rétablir la vérité sur un certain nombre de points évoqués.

En préambule, je voudrais rappeler qu’un aéroport comme celui de COLMAR-HOUSSEN est un outil de développement indispensable, grâce à sa souplesse d’utilisation pour les entreprises régionales de rayonnement international dans un marché intérieur européen élargi.

Supprimer une plate-forme, qui offre grâce à une flexibilité unique et irremplaçable en Alsace des avantages importants en complément des deux grands aéroports de Strasbourg-Entzheim et de Bâle-Mulhouse -qui ne pourront jamais offrir une souplesse identique compte-tenu de leurs vocations d’aéroports internationaux-, équivaut à se passer, dans un contexte en dégradation, d’un des atouts dont l’Alsace dispose pour préserver son dynamisme économique.

1. Contraintes urbanistiques

Il est faux de dire que le développement Nord de la Ville est bloqué du fait des servitudes dû au Plan d’Exposition au Bruit de l’aérodrome et en particulier de sa zone " C " (en jaune sur la carte ci-jointe en annexe 1).

l . Utilisation actuelle de l’aérodrome

Pour les activités, il est démagogique voire diffamatoire d’affirmer, qu’à Colmar-Houssen " y sont pour beaucoup exercées des disciplines ou des pratiques ailleurs interdites " sans préciser lesquelles. La suppression de la voltige, demandée par la CCI, remonte au 1/6/2001 et depuis plusieurs années nous n’avons plus enregistré de plaintes de riverains indisposés par des nuisances sonores aéronautiques.

Il est à noter, à cet égard, que la CCI et la Direction Régionale de l’Aviation Civile se sont toujours opposées à l’activité bruyante d’ULM sur la plate-forme alors que le Député-Maire a fait pression par le passé pour autoriser une telle activité (cf. sa lettre du 12/9/1996 jointe en annexe 3).

Pour les soit disant " privilégiés " qui pratiquent des activités aéronautiques à COLMAR- HOUSSEN, il est intéressant de signaler, même si cela ne concerne pas directement le monde économique, qu’ils sont au nombre de 379 d’après un recensement de l’association des usagers et qu’ils se répartissent, sur le plan de la domiciliation, de la manière suivante :

1. Impact économique et autres possibilités de déplacement

M. le Député-Maire a convenu, le 18 décembre 2002, en signant le protocole d’accord qui régit actuellement l’exploitation de l’aéroport qu’il était -comme la CCI- favorable " au maintien de l’activité et à la pérennisation de l’aviation d’affaires en Centre- Alsace, complément indispensable à l’activité commerciale de lignes régulières mise en oeuvre sur les aéroports de Bâle-Mulhouse et Strasbourg-Entzheim ".

Dans le même document, il a d’une part reconnu que le maintien et la pérennisation de l’activité d’aviation d’affaires en Centre Alsace " impliquent qu’aucune rupture ne vienne la compromettre ", d’autre part il s’est engagé à rechercher une solution de substitution " à l’initiative de la Ville de Colmar " permettant le maintien d’une desserte aéronautique du Centre-Alsace.

Pourquoi, dorénavant, ignorer l’utilité de la plate-forme et renier cet engagement ?

Une nouvelle fois, à l’occasion de l’adoption de sa stratégie 2005-2009, les Elus de la CCI ont considéré que l’aéroport de Colmar-Houssen, support dédié à l’aviation d’affaires était, comme tel, un atout incontestable, tant pour le développement des entreprises appelées à effectuer des déplacements à l’échelle européenne, que pour l’implantation d’entreprises nécessaire au renouvellement du tissu économique.

Par contre, la C(l et les entreprises utilisatrices ne se sont jamais opposées à une solution de remplacement crédible en Centre Alsace qui offrirait la souplesse d’utilisation requise comme à Colmar-Houssen.

L’importance de cet équipement structurant n’a pas échappé, également, à tous les Elus de la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie d’Alsace, qui ont pris à l’unanimité le 1er juillet dernier une motion allant dans ce sens (cf. annexe 4). Sont donc signataires de cette motion les Présidents, d’une part de la CCI de Strasbourg-Bas-Rhin qui est le gestionnaire de l’aéroport de Strasbourg-Entzheirn, d’autre part de la CCI de Sud Alsace Mulhouse qui est impliquée dans la gestion de celui de Bâle-Mulhouse ; ceci confirmant bien la complémentarité des trois plate-formes aéronautiques alsaciennes.

Par ailleurs, les emplois directs sur l’aéroport sont au nombre de 32 (et non pas " inférieur à 10 ") se répartissant de la manière suivante :

1. Dégradation économique de la région

Ce n’est pas en pénalisant les entreprises existantes avec la suppression d’un outil de travail que l’on va améliorer la situation économique hélas dégradée.

Les témoignages récents de très nombreux chefs d’entreprises confirment l’utilité d’un tel équipement structurant.

Si l’on prend en considération le Grand Pays de Colmar, il n’y a pas moins de 450 ha de surfaces qui sont, dans les documents d’urbanisme, réservées à l’accueil d’activités économiques.

Et pour s’en tenir qu’au seul périmètre de la Communauté d’Agglomération de COLMAR, à titre d’exemple la zone d’activités intercommunale " des Erlen " à WETTOLSHEIM -en cours d’aménagement- présente une emprise globale commercialisable nettement supérieure à 1 ha.

Enfin, malgré les affirmations contraires de M. le Député-Maire de la Ville de Colmar, la CCI est d’ores et déjà en mesure de proposer, immédiatement, la cession d’un terrain industriel viabilisé d’une superficie d’environ 2,5 ha, situé dans la zone industrielle Nord de Colmar, ledit terrain -réserve foncière d’une activité industrielle existante- étant bien entendu vierge de toute construction.

2. Position juridique de l’aérodrome

Quand M. MEYER prétend que Dans l’actuel Plan d’Occupation des Sols de Colmar, la totalité de la surface est déjà classée comme terrain à vocation économique " il oublie volontairement de rappeler que le règlement dudit document précise que ce terrain est réservé aux installations et constructions liées aux activités aéronautiques ".

3. Exploitation de l’aérodrome

En juin 1991, la CCI a accepté d’assurer, pour le compte de la Ville de COLMAR, la gestion de l’aéroport de COLMAR-HOUSSEN en signant avec la Ville un sous-traité de gestion d’une durée de 20 ans mais avec possibilité de le dénoncer avec un préavis de six mois.

La Chambre de Commerce et d’Industrie ayant subi, à travers son aéroport, des pressions insupportables lors de la campagne des élections municipales de Colmar en 2001, a dénoncé le contrat de gestion en novembre de la même année car elle n’avait pas à accepter des agressions du type : l’aéroport est dangereux ; l’aéroport génère du bruit ; l’aéroport empêche la Ville de se développer... (cf. annexe 5).

Une telle critique permanente enlevait à la Chambre toute perspective de développer la plate-forme en lui laissant toutes les charges d’exploitation et d’investissement incombant au gestionnaire.

En prenant cette décision, la CCI a voulu apporter la démonstration qu’il était impossible de dialoguer avec la Ville de Colmar, propriétaire de la plate-forme.

Ce faisant, elle n’a nullement mis fin à l’existence de l’aéroport contrairement à ce qu’il est dit, à longueur de semaine, par des déclarations qu’on veut fracassantes.

En effet, il y a la convention régalienne qui lie la Ville et l’Etat, convention qui a été conclue en juin 1991 sans limitation de durée " avec seulement " la faculté de la dénoncer à l’expiration d’une période de 20 ans ", soit en 2011.

C’est par cette convention que le Ministre chargé de l’aviation civile a permis l’ouverture du terrain à la circulation aérienne publique.

Le Maire de Colmar n’a donc pas le moyen d’imposer, seul, la fermeture de l’aéroport de COLMAR.

Bien entendu, la CCI et les entreprises comptent sur l’Etat, au moment où le Gouvernement a placé l’emploi au coeur de son action, pour ne pas priver le tissu économique alsacien d’un tel outil et prendre ainsi le risque d’aggraver la situation des entreprises déjà confrontées à une conjoncture très difficile.

Mais elles comptent également sur l’appui de toutes les collectivités territoriales à l’instar du soutien déjà manifesté par le Conseil Régional d’Alsace et le Conseil Général du Haut-Rhin.

Je tenais à apporter ces quelques précisions qui vous permettront d’avoir une vision objective de la situation.

Bien entendu, je me tiens à votre disposition pour tous renseignements complémentaires que vous jugeriez utiles.

Je vous adresse, Madame, Monsieur, en même temps que mes chaleureux remerciements pour votre appui dans ce difficile dossier, mes meilleures salutations.

Le Président

Gérard FELLMANN

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