Pour l’aéroport : des maires, la CFTC, Sarkozy aussi !
Le fermer ne sera pas si facile
Nicolas Sarkozy a utilisé l’aéroport de Colmar ! Ayant dû faire un bref aller-retour entre l’Alsace et Paris, le président de l’UMP a y atterri le vendredi 18 mars vers 22h45. A son arrivée, nul représentant officiel de son parti. 22h45 certes, c’est la nuit. Mais il y en a d’autres que ça n’a pas gêné. Quelques malins partisans de l’aéroport étaient là, avec en tête l’entêté Gérard Fellmann, président de la chambre de commerce et d’industrie, qui lui a remis un pavé, le dossier des arguments pour l’aéroport. En prime, le chef UMP a reçu des fleurs et un jambon d’Alsace, et a fait son cadeau aux présents : "Cet aéroport est utile et Je vous aiderai à le sauvegarder". Quelle fleur pour eux et quel pavé dans le marigot du maire UMP de Colmar !
En tiendra-t-il compte, lui qui veut fermer l’aéroport à la fin 2005 ? C’est ce qu’il a confirmé au demier conseil municipal. Mais le peut-il vraiment ? C’est la question qui se pose, et sera posée sans nul doute devant le tribunal administratif, car on n’imagine pas que ceux qui tiennent à conserver cet équipement en Moyenne Alsace n’y iront pas plaider leur cause. Et c’est sur la convention de l’aéroport, signée le 17 juin 1991 entre l’Etat et la Ville de Colmar, qu’ils fonderont leur argumentation car il y est écrit, dans l’artide 40 du titre VII, qu’elle est concIue sans limitation de durée" et que l’Etat ou la Ville "ont la faculté de la dénoncer à l’expiration d’une période de 20 ans, à compter de son approbation par le ministre chargé de l’aviation civile, sous réserve d’un préavis d’un an". Cette convention, contrat de droit sur une mission de service public, ne peut donc être normalement dénoncée qu’en 2011, car dans le code de l’aviation civile, une cessation anticipée est soumise à des conditions très restrictives et susceptibles d’appréciation par le juge.
Quelle autre solution avant 200ô ?
Quant à l’autre convention, liant la Ville et la chambre de commerce, elle n’est qu’un sous-contrat de gestion qui ne peut s’imposer à l’accord Etat-Ville. La Ville étant liée par celui-ci, on ne voit pas comment elle peut en être déliée, ou alors, cela veut dire que sa signature ne valait rien, ne vaut rien, ne vaudra rien. La décision municipale de fermer l’aéroport sera sûrement attaquée par les usagers (sociétés aériennes, entreprises utilisatrices et autres) et l’on doute que le juge donne facilement raison au maire.
De plus, dans un courrier du 27 janvier 2005 adressé à Olivier Alméras, président de l’association de sauvegarde de l’aérodrome, le ministère de l’Equipement, par son bureau de gestion des aéroports, confirme que "la Ville de Colmar s’est engagée à ce que la fermeture n’intervienne que si une solution pour l’aviation d’affaires était trouvée". On se demande bien où il la trouvera d’ici fin 2005.
On relève aussi que l’avenir de l’aéroport s’inscrira dans le futur schéma directeur Colmar-Rhin-Vosges où Colmar est un partenaire parmi d’autres. Or, on sait, selon les infos dites à Alsachoc, que les maires d’Andolsheim, Eguisheim, Fortschwihr, Holtzwihr, Kunheim, Weckolsheim, Wolfgantzen et Zimmerbach, se sont prononcés pour l’aéroport. Non concernées par le schéma, les communes de Labaroche et Thannenkirch ont fait de même. Un homme respectueux de la volonté publique devrait donc attendre la publication du rapport de la commission d’enquête sur ce document essentiel pour l’aménagement du territoire. En agissant comme il le fait, le maire marche sur le droit et c’est étonnant de la part d’un député qui, par ses votes au Parlement, fait des lois, crée le droit. S’il ne sait pas ça, que fait-il à Paris ’?
Grand pays = grands terrains vides
Pour aboutir à la fermeture, le mauvais prétexte du maire est de prétendre qu’il a besoin des terrains de l’aéroport pour accueillir de gros investisseurs. C’est faux. Totalement. Dans le cadre de la Communauté d’agglomération comme du Grand pays de Colmar, il a largement, plus qu’il n’en faut, de zones industrielles, terrains et locaux vides. Il a des centaines de hectares, des dizaines de milliers de m2 bâtis à vendre ou louer. Quand il aura occupé, rempli tout ça, il lui sera justifié de s’intéresser aux terrains de l’aéroport.
Secundo, qu’il prouve d’abord sa capacité à attirer un gros investisseur, comme le maire Rey l’avait fait avec Timken, Liebherr, etc. Qu’il amène dès à présent cet investisseur, mais si celui-ci atterrit à Colmar-Houssen, il ne sera pas dans la m.... ! Quant à lui donner rancart à Bâle-Mulhouse ou Entzheim, ça ferait bizarre. Et si l’autre lui demande "où sont les terrains" et qu’il réponde "ici où vous avez atterri", le gars reprendra aussi sec son zinc pour aller planer ailleurs, chez des gens qui ne planent pas ! Et dans le contexte actuel de délocalisations, qui va encore investir en France ? S’il s’en présente un, l’Aménagement du territoire lui proposera le nord, l’ouest ou le sud du pays. L’Alsace vasistas...
La CFTC s’engage pour l’aéroport
De plus, le syndicat national de l’aviation civile SNAC-CFTC s’est engagé officiellement à défendre l’aéroport. Sous la conduite d’Alain Kauffmann, secrétaire général de la CFTC du Haut-Rhin, une délégation a été reçue par le préfet, qui s’est engagé à transmettre au ministre les inquiétudes, dans le contexte du chômage, du monde salarié, affirmant que l’aéroport est un outil indispensable aux entreprises. "Il ne faut pas mettre de contrainte supplémentaire aux entreprises", a dit la CFTC avec courage et lucidité.
Pour rire, on note enfin qu’à Pâques, une initiation au saut était mise sur pied par les paras de Colmar. Ces gars, qui ont de l’humour en temps de paix, avaient invité Mayerchilber à découvrir ce sport, pour qu’il fasse un saut en tandem. Un tandem avec Marchalamonic ? Non, cela aurait été avec un moniteur !
Alsachoc n 34 Février-mars 2005 page 5