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Les patrons sur le tarmac
« Ne supprimez pas notre outil de travail »
Une quinzaine de patrons de sociétés usagères de l’aéroport de Colmar-Houssen ont foulé hier le tarmac, pour dire non à la suppression de leur « outil de travail », et demander à la municipalité de rouvrir le débat.
Vingt-cinq entreprises du centre-Alsace (17000 emplois) utilisent l’aéroport de Colmar-Houssen (voir encadré). Leurs dirigeants sont venus en force faire du lobbying en faveur d’une plate-forme, « indispensable » au monde économique. C’est leur première prise de position publique sur le dossier depuis l’annonce de la fermeture début 2000. En dehors de toute intention polémique ou politique », précise Francis Rebert, de Liebherr. Entre-temps, ils ont multiplié les courriers aux élus locaux et aux ministres.
Une heure au lieu de six
Ces businessmen prennent l’avion quotidiennement à Colmar-Houssen, qui leur permet de rallier très vite n’importe quel point en Europe. L’aéroport centre alsacien leur offre une souplesse et une rapidité inégalables pour leurs affaires, par rapport à Entzheim ou Bâle-Mulhouse, orientés vers le transport de masse des passagers. Jean-Luc Dejean, directeur de Mark IV à Orbey (injection plastique pour l’automobile), témoigne. Notre entreprise a été choisie par Fiat pour développer des moteurs. Pour rejoindre Turin où est basé également notre président, il y a une heure de vol à partir de Colmar-Houssen. Avec une ligne régulière, il nous en faudrait six ». Dans une région au coeur de l’Europe, cette infrastructure aéroportuaire est idéale » pour des entreprises très internationalisées. La supprimer,. c’est leur couper les ailes. Un jour en Pologne, le lendemain au Pays de Galles. Nous sommes dans des situations avec des destinations impossibles. Il faut gérer le facteur temps, la fatigue, la disponibilité », explique Yves Blondel, directeur financier de Knauf. Même scénario pour les Cuisines Schmidt, qui ont 150 magasins dans toute l’Europe. L’aviation d’affaires pour nous, ce n’est pas un luxe, mais un gain d’efficacité. L’aéroport de Colmar-Houssen est vital pour l’export », plaide Jean-Marie Schwab, le directeur général.
Des risques pour l’investissement
« Hier en Allemagne, aujourd’hui à Colmar, demain en Autriche. Nos managers, nos cadres effectuent des voyages en permanence, car notre groupe a des sociétés partout. Si l’aéroport disparaît, j’ai bien peur qu’il y ait des conséquences sur l’investissement », laisse tomber Karl Weisskopf directeur de Liebherr International. L’aéroport est « un facilitateur d’affaires » pour les PME de Moyenne Alsace, et un argument de poids pour attirer ou retenir des investisseurs. Son activité ne se limite pas aux businessmen, mais s’étend aux transports médicaux pour les greffes d’organes, aux évacuations sanitaires, au fret pour les entreprises en flux tendus, au SAV, à l’acheminement d’équipes sportives, fait valoir Yves Blondel, dont le groupe est propriétaire d’une des deux compagnies basées sur le site. Pour GEFCO, filiale de PSA, une plate-forme légère » comme Colmar-Houssen, c’est « pain béni » pour dépanner en urgence les chaînes de production de l’automobile en pièces.
« Une petite ville qui ronronne»
Sans compter les autres avantages de Colmar-Houssen : qualité des installations -« un terrain comme celui-là, c’est 15 millions d’euros d’investissement »-, bonnes conditions météo. Ce n’est pas un aéroport en déclin. En 2003, l’aviation générale à Houssen a enregistré une hausse de 27 % des mouvements et de 37 % des passagers ». Les chefs d’entreprise insistent aussi sur le fait que l’aéroport ne coûte rien à la Ville et au contribuable colmarien : les frais de fonctionnement sont pris en charge par la CCI, la Région et le Département. Pour eux, fermer l’aéroport, ce serait un acte anti-économique et « déloyal » vis-à-vis des entreprises, qui assurent 50 % des ressources de la commune. « Une prison, elle, ne lui apporterait rien ». « Colmar risque de devenir une petite ville de province qui ronronne, et la seule préfecture sans aéroport. »
En sursis jusqu’en 2005
Un transfert à Meyenheim ou Bâle, les patrons n’y croient pas : La cohabitation entre l’aviation générale et une base militaire ne marche pas bien. Quant à l’Euroairport, il est plus adapté à l’accueil de compagnies low cost ». Les chefs d’entreprise ont demandé une entrevue au maire. Ils en appellent à l’Etat pour que la concession d’activité aéroportuaire sur le site soit poursuivie jusqu’à son terme, 2011. L’aéroport est en sursis jusqu’à fin 2005. Mais la convention d’exploitation conclue en 2003 est reconductible d’une année sur l’autre si Colmar n’a pas trouvé de solution de remplacement d’ici là. Pourquoi pas jusqu’en 2007, date des élections municipales ?
I.N.
Les entreprises utilisatrices
Airailes, Alsair (Colmar-Houssen), Auberge de l’Ill , (Illhaeusern), Behr-France (Rouffach), Bohn-Consult (Fri-bourg), CIC-Crédit Mutuel (Strasbourg), Cora (Colmar), Ewoco (Guémar), Frédéric Chocolatier (Ste-Croix-en-Plaine), GEFCO Spécial (Ennery en Moselle), Groupe Parmentier (Colmar), Knauf (Wolfgantzen), Liebherr (Niederhergheim), Mark IV (Orbey), Pechiney-Rhenalu (Biesheim), Rapp-Atlas (Kingersheim), Salm-Cuisines Schmidt (Lièpvre), SCAPALSACE, SOCODIS-Leclerc (Colmar), Sony (Ribeauvillé), Staub (Turckheim), Weishaupt (Colmar). Ces entreprises comptent 16 673 salariés en tout.