Extraits de presse
 5.59. 26 avril 2004 Turbulences sur les aéroports d'Alsace : la Une des DNA

Le lundi 26 avril 2004, les Dernières Nouvelles d'Alsace consacrent la une et deux pages complètes à une enquête sur les aérodromes d'Alsace

Turbulences sur les aéroports d'Alsace

Colmar-Houssen qui se cherche un avenir, Sarre-Union qui voudrait prendre de la hauteur … Les aérodromes en Alsace traversent parfois des turbulences. Quand ils ne sont pas en proie à des doutes sur leur futur statut notamment. Survol en Alsace de plates-formes dédiées, depuis des lustres dans certains cas, à l'aviation légère.

Dernières Nouvelles d'Alsace 26 avril 2004

Colmar Un (beau) terrain en sursis

Atout économique pour le centre-Alsace... ou gaspillage de surfaces commerciales ou artisanales ? L'aéroport de Colmar est actuellement en sursis. Malgré une situation privilégiée, selon les usagers.

Idéalement situé sur un terrain de plus de 100 hectares, l'aéroport de Colmar-Houssen est gravement menacé. Sous prétexte de nuisances et de risques pour la population, le député-maire de Colmar, Gilbert Meyer avait inscrit la disparition à terme de l'aéroport dans son programme lors des dernières municipales.
Un effet d'annonce qui a eu de désastreuses conséquences sur la confiance des usagers (ou investisseurs potentiels) de la plate-forme, et qui a conduit la CCI (gestionnaire des installations) à se désengager : « On ne finance pas une installation vouée à la casse ! ».

« Une route non plus n'est pas rentable... »

Tout a été dit, tout semble consommé entre le président de la CCI, Gérard Fellmann et le maire de Colmar. Qui envisage de récupérer les quelque 100 ha du terrain pour y implanter des entreprises.
Certes, l'aéroport n'est pas rentable (90 000 à 190 000 €uros de déficit annuel). « Mais aucun petit aéroport régional n'est rentable. Tous sont subventionnés par l'une ou l'autre collectivité. Mais le problème n'est pas la rentabilité : une route non plus n'est pas rentable, et personne ne voit d'inconvénients à l'entretenir... », font valoir les partisans du maintien de l'aérodrome.
Qui arguent de l'équipement technologique de pointe de la plate-forme : système d'allumage automatique de la piste à partir de l'avion en cas d'atterrisage de nuit (l'appareil - si le pilote est agréé - peut atterrir seul, sans la tour de contrôle), système de guidage pour atterrissages sans visibilité, balise-radio non directionnelle situant l'aérodrome en cas de mauvaise visibilité.
« L'équipement de cette plate-forme est digne d'un grand aéroport. Elle représente un vrai atout économique pour le centre-Alsace », estime Olivier Alméras, président de l'association des usagers. Qui fait valoir en outre la présence de plusieurs sociétés de travail aérien ou de maintenance sur le terrain.
« Cet aérodrome n'est pas seulement un gadget de luxe pour chefs d'entreprises fortunés. Pas plus qu'un terrain de jeux pour pilotes amateurs nantis et désoeuvrés », explique Dominique Roth, président de l'aéroclub. « N'oublions pas que bon nombre d'entreprises internationales implantées dans la zone industrielle toute proche ont choisi Colmar à cause de la présence de l'aérodrome. N'oublions pas non plus les quelque 55 jeunes que nous formons au brevet de pilote européen chaque année : pour certains, cette formation débouche sur l'école des Cadets de l'air d'Air-France, qui forme les futurs commandants de bord ».

Conditions d'exception

Et d'une façon générale, les pilotes qui utilisent régulièrement ce terrain tiennent à relever les conditions climatiques et aérologiques de la région de Colmar : « Il arrive bien souvent que Strasbourg et Mulhouse soient dans le brouillard, alors que Colmar demeure praticable pour un atterrissage à vue (VFR) ».
Quant aux pilotes de planeurs (le club vélivole de Colmar est un des premiers de France), ils relèvent également les conditions aérologiques exceptionnelles du centre-Alsace (notamment pour le vol d'ondes en hiver : Colmar reste le seul terrain praticable en cette saison au nord de la Loire).
Lors d'un récent sondage IPSOS, 86 % des Colmariens se sont déclarés favorables au maintien de leur aérodrome. Seront-ils entendus ?...

Michel Thevenin

Mulhouse-Habsheim L'alternative haut-rhinoise

Un des plus vieux aérodromes français : il servait déjà aux essais d'un avionneur mulhousien au début du siècle dernier.

Pratiquement invisible depuis la route, l'aérodrome de Mulhouse-Habsheim est depuis très longtemps une réalité pour des générations de pilotes. Ouvert en 1905 - on parlait alors d'un champ d'aviation - il servait au début du XXe siècle pour les essais en vol de l'avionneur mulhousien Aviatik.
Aujourd'hui propriété de l'Etat qui en assure également la gestion, le site couvre une superficie de 100 hectares (sur les bans de Habsheim et de Rixheim) et cinq fonctionnaires de la Direction de l'aviation civile y sont affectés. En juin 1988, pendant un meeting aérien, il était le théâtre du fameux crash de l'Airbus A-320 qui a fait trois victimes.

Près de 60 000 mouvements

Situé à peine à une vingtaine de kilomètres à vol... d'oiseau de son grand voisin de Bâle-Mulhouse, ce petit aérodrome du sud du département du Haut-Rhin sert de base à quatre aéro-clubs. Ils réunissent plus de 500 membres et emploient ensemble une demi-douzaine de salariés.
Une soixantaine d'appareils privés (vingt appartiennent aux aéro-clubs) sont basés là. L'activité reste limitée à une aviation légère et de loisirs. Elle s'est cependant soldée en 2003 par 59 000 mouvements, précise le directeur de l'aérodrome Stanislas Przybylak. Une société de maintenance (trois salariés) est également implantée sur le site.
Dressée au milieu de l'herbe rase comme un champignon de béton surmonté d'un chapeau de verre, la tour de contrôle a été érigée au milieu des années 70. Depuis ses baies vitrées, on distingue encore nettement, au pied de la construction, les vestiges d'une ancienne base d'hélicoptères de l'armée de terre abandonnée depuis une trentaine d'années.

Les planeurs colmariens

Confrontés eux aussi aux réactions de riverains gênés par les nuisances du trafic aérien, les usagers de l'aérodrome soulignent avec Jean-Marc Muller, le président de l'aéro-club des Trois-Frontières, avoir adopté « un code de bonne conduite notamment pour éviter le survol de Habsheim ».
Le président de l'aéro-club de Haut-Rhin s'interroge pour sa part sur les conséquences d'une éventuelle fermeture de l'aéroport de Colmar-Housen (lire ci-contre) : « Où iront par exemple les planeurs ? », se demande Julien Gresser. Selon lui, il est probable que Mulhouse-Habsheim apparaisse le cas échéant comme une alternative. « Or l'activité vélivole bénéficie à Colmar de conditions très favorables en raison de la proximité du relief, la fermeture de Houssen signera donc malheureusement l'arrêt du vol à voile de haut niveau dans l'ensemble de la moyenne et du sud Alsace ».

Générateur d'emplois

« Considérés parfois, à tort, comme des terrains de jeux », les aéroports comme celui de Mulhouse Habsheim ont aussi été créés ou maintenus « pour garantir la liberté de déplacement de chacun ». Ils répondent, ajoute Julien Gresser, à une nécessité économique.
L'aéro-club du Haut-Rhin a formé, souligne son président, aussi bien des pilotes, pour qui la filière associative reste un marchepied non négligeable, que du personnel administratif ou des mécaniciens. « Les collectivités devraient davantage prendre en compte l'impact économique de telles plateformes et les soutenir, car elles génèrent des emplois ».

Jean-Marc Thiébaut

Sarre-Union Le vent de la polémique

Le projet d'agrandissement de la piste de l'aérodrome Victor Hamm de Sarre-Union a-t-il du plomb dans l'aile?

Même si elle est quelque peu retombée depuis les cantonales, la polémique subsiste et le débat reste passionné en Alsace Bossue. Une association de défense du cadre de vie est née dès lors que le projet d'agrandissement de 800 à 1 100 mètres de la piste de l'aérodrome a été connu. Un dossier pourtant bien ficelé par les responsables de l'aéro-club présidé par Didier Follénius et soutenu par le maire et président de l'intercommunalité Marc Séné, puisqu'il avait obtenu, en principe, un subventionnement à hauteur de 90% du coût total soit environ 2,7 millions d'euros sur une somme de 3 millions, total qu'annonçaient alors ses promoteurs. L'Europe, l'Etat, le conseil général, le conseil régional et la chambre de commerce et d'industrie sont parties prenantes dans cette affaire qui a provoqué de vives réactions parmi ses nombreux contradicteurs.
Un débat public organisé en janvier à drainé une assistance considérable pour des discussions souvent houleuses. Adrien Zeller, président de la Région, et le député Emile Blessig étaient là pour soutenir le projet exposé par le maire et le président de l'aéro-club, et détaillé techniquement par les représentants de l'aviation civile. Rien n'y a fait, les opposants, ont balayé leurs arguments économiques et touristiques en mettant en avant leurs craintes d'une croissance des nuisances.

Le minimum...

Actuellement le projet est en stand-by. Il faudra bien que la communauté de communes inscrive ce point à l'ordre du jour d'une prochaine réunion. Se décidera-t-on à allonger la piste ou plus simplement à procéder à la réfection du tarmac dans sa longueur actuelle? Le dialogue entre les contestataires et les porteurs du projet en est à ses balbutiements et se base depuis mercredi sur l'étude de faisabilité de la subdivision de la DDE. De cette dernière il ressort que le coût prévisible de l'extension de la piste est de 3 815 656 € contre 1 644 517 € pour une réfection et une mise aux normes dans sa longueur actuelle.
C'est le minimum que l'on puisse faire si l'on veut conserver à Sarre-Union les activités d'un club qui forme bon an, mal an, une trentaine de pilotes, dispose de quatre appareils et effectue 6 000 mouvements annuels dans le cadre de l'école de pilotage soit un peu plus de la moitié des mouvements annuels (11 000).
En attendant, l'aéro-club fondé en 1964 s'apprête à fêter en grande pompe ses 40 années d'existence. Un meeting aérien exceptionnel est programmé pour les 26 et 27 juin prochains. Sûr qu'on y parlera aussi de l'avenir...

Jean-Luc Will

Strasbourg-Polygone En attente d'un appel d'air

Rattrapé par la ville, le terrain du Polygone à Strasbourg rêve, malgré tout, de prendre de la hauteur.

C'est une vaste esplanade, bordée de hangars d'apparence un peu vieillotte. Etalé sur près de 200 hectares, l'aérodrome du Polygone n'a évidemment rien à voir avec son grand cousin d'Entzheim fréquenté par longs courriers et gros porteurs.
Plus ancienne, la plate-forme du Polygone tient son nom d'un champ de manoeuvres qui, dès 1720, fut exploité là. Des civils y firent décoller un premier avion en 1910, et l'endroit suscitera rapidement les convoitises de l'armée. Ecole militaire de pilotage durant la Première guerre mondiale, le Polygone accueillit le prestigieux groupe de chasse des Cigognes, de Guynemer. Un certain Antoine de Saint Exupéry y suivra ses classes aériennes en 1921.

Depuis le sol

Aujourd'hui, l'aérodrome est devenue base de loisirs, accueillant tout à la fois centre d'initiation et de pratique du vol à voile, centre-école de parachutisme, aéro-clubs... Tout pour plaire en sorte, si le terrain n'était enclavé en ville. Avec le développement de l'aérodrome sont montées des plaintes de riverains. A une certaine époque même, pétitions, réunions, protestations ont fleuri. Au point que, avec l'appui des collectivités, des mesures ont été prises pour atténuer le « problème Polygone ».
Un treuil a été installé, afin de pouvoir tracter depuis le sol des planeurs. Des recommandations du survol ont suivi. Enfin, la « bête noire » des riverains, un Pilatus qui baladait ses décibels au-dessus du Neuhof et de Neudorf, n'a pas échappé à la modernisation.
Grâce à ces efforts, les levées de boucliers ont perdu de leur virulence. Régulièrement, l'aérodrome ouvre ses portes pour présenter ses clubs et centres-écoles, parmi les plus importants de France - la prochaine semaine d'animation est prévue à partir du 15 mai. Des manifestations comme la coupe de France de voltige et de précision s'y arrêtent.

Nouveau gestionnaire

Pour autant, le Polygone s'interroge toujours sur son avenir. Qualifiée naguère de « poumon vert », établie sur une zone de captage d'eau, la plate-forme espère certes un appel d'air. Mais les partisans d'une base plus ambitieuse, équipée d'installations de confort, regrettent l'absence d'investissement de grande ampleur.
L'aérodrome, placé sous tutelle de l'Aviation civile, devrait passer sous la houlette, après la future loi de décentralisation, d'un nouveau pilote (collectivité locale, sans doute). D'ici là, le Polygone vit surtout, pour l'instant, par l'enthousiasme de ses usagers, dont le titre d'occupation est pourtant réputé « temporaire, précaire et révocable ». Pris en quelque sorte entre aura du passé et flou sur son avenir.

Didier Rose

A Haguenau Des turbulences modérées

A l'aérodrome de Haguenau, la piste est orientée de telle sorte que les avions survolent un lotissement de Marienthal, au décollage ou à l'atterrissage - c'est selon. Contre le bruit et contre les risques, les les utilisateurs du site et le collectif des riverains travaillent en bonne intelligence.

Assis dans le salon de Bernard Gallat, dans le lotissement des Pins à l'entrée de Marienthal, on entend de temps en temps le ronronnement d'un moteur. L'extrémité des deux pistes de l'aérodrome de Haguenau ne se situe qu'à 500 m, juste derrière un bosquet. Avec les beaux jours, le ballet des décollages et des atterrissages reprend doucement. Le week-end, les mouvements sont plus nombreux : un dimanche d'été, il peut passer un avion toutes les cinq ou dix minutes.

27 000 mouvements par an

Géré par la Ville, l'aérodrome de Haguenau accueille essentiellement une activité d'aviation générale de loisirs - comprendre des planeurs et des petits monomoteurs, quelque 35 avions. Le site abrite notamment un aéro-club, un centre de vol à voile, deux entreprises et un restaurant.
A l'activité de loisir s'ajoutent les vols-école et les appareils « extérieurs », la piste en dur étant ouverte à tout aéronef de moins de 5,7 tonnes muni d'une radio. Praticable du lever au coucher du soleil, l'aérodrome totalise 27 000 mouvements (un décollage ou un atterrissage) annuels.
« Quand j'ai construit ici en 1988, raconte Bernard Gallat, on m'a clairement indiqué que le terrain se situait dans le cône d'envol. A l'époque, il passait un ou deux avions par jour. Il y a des limites aux nuisances qu'on peut accepter. » Or l'activité de l'aérodrome monte en puissance.

Pression

La mobilisation du collectif des propriétaires, dont Bernard Gallat, par ailleurs conseiller municipal, est le responsable, commence dès 1989.
Les grandes entreprises du secteur font alors pression pour que la piste soit prolongée afin que des avions d'affaires (jets) puissent s'y poser. Le travail de sape des propriétaires des Pins coupe les ailes au projet, enterré depuis. Ce gros nuage balayé, les deux parties - responsables et utilisateurs de l'aérodrome d'un côté, riverains de l'autre - commencent à travailler en bonne intelligence.
« Au fil des réunions, nous avons changé le sens de décollage, là où le bruit est le plus grand (il faut « mettre les gaz ») et le risque plus important, liste Guy Prigent, le responsable de l'aérodrome. Dans 75% des cas, les avions ne décollent plus au-dessus du lotissement, mais au-dessus de la déchetterie. Nous avons également interdit les tours de piste à basse altitude le week-end et les jours fériés. »

Pas la guerre

La dernière grosse action remonte à juillet 2002. Les habitants du lotissement des Pins s'étonnent de voir un avion à réaction démilitarisé évoluer sur l'aérodrome. Moyennant une pétition signée par 98% des riverains, l'appui du maire et un bras de fer avec l'Aviation civile, les choses se tassent.
A cette «escalade inacceptable» près, la situation est apaisée. Il suffit désormais de quelques piqûres de rappel quand subsistent des comportements irrespectueux. « Ce n'est pas la guerre, conclut Bernard Gallat. Nous comprenons leur passion, mais il n'y a pas de raison qu'elle nuise à la qualité de vie de 1500 personnes. Le bruit est présent tout le temps, le risque d'accident aussi. On ne s'habitue pas. »

Florian Haby

Table des matières Images