CCI et le maire règlent leurs comptes
La CCI de Colmar a profité de la présence de Gilbert Meyer, venu parler de la communauté d'agglomération et du grand Pays hier à son assemblée générale, pour crever l'abcès de l'aéroport. Sur ce dossier comme sur celui de la fiscalité, les patrons se sont lâchés. Surtout les dix dernières minutes.
Rarement une assemblée générale élargie de la CCI n'aura attiré autant de monde. La réunion a rassemblé quelque 200 chefs d'entreprises. La personnalité de l'invité, conjuguée à la passe difficile que traversent les relations entre la Ville et le monde économique, expliquent cette fréquentation.
La séance a commencé à fleurets mouchetés. Listant les priorités de la CCI en matière d'infrastructures et de transports, Gérard Fellmann a eu une mention « particulière » pour l'aéroport que la Ville de Colmar veut fermer. « Si Colmar-Houssen n'a pas vocation à jouer dans la cour des grands, il rend de grands services au Centre-Alsace. Pour préserver notre avenir industriel, il ne faudrait pas le rayer de la carte ». Le maire de Colmar, dit-il, a avancé une « solution alternative, dont on ne sait rien ».
Pour la chambre consulaire, le besoin de terrains pour les entreprises ne justifie pas qu'il faille lâcher l'emprise aéroportuaire. Le foncier existe ailleurs, a fait valoir son président, citant la zone industrielle de Balgau-Nambsheim. Tout cela dit en termes courtois, mais pas sans sous-entendus.
L'accord du ministre
de la Défense
Le maire a réaffirmé qu'il trouverait une solution pour l'aviation d'affaires, une « activité nécessaire », et annoncé : « Il y a 15 jours, j'ai eu l'autorisation du ministre de la Défense pour une co-utilisation de la plate-forme de Meyenheim ». Et il a martelé une nouvelle fois que le Centre-Alsace manquait de terrains pour les entreprises. « Les 300 ha de Balgau sont bien placés, mais les investisseurs ne veulent pas y aller. Les 7 ha viabilisables à côté de Ricoh, le terrain de l'ancien abattoir, les 12 000 m² de la caserne Rapp représentent peu de choses à long terme ».
Jean-Noël Pfaff, directeur de Wolfberger, qui préfère cette présentation des choses (l'économie) à la version d'origine (le risque), a demandé des garanties sur la continuité de l'activité aéroportuaire, l'absence de contraintes de fonctionnement. « Je mettrais tout mon poids dans la balance », a promis le maire de Colmar.
Le clash
Mais avant d'en arriver là, Gilbert Meyer a eu la phrase qui fâche : « Si l'aérodrome est tellement indispensable, pourquoi la CCI a-t-elle dénoncé le contrat de gestion ? » L'accusation a fait sortir de ses gonds Gérard Fellmann, qui en a assez de voir sa compagnie consulaire jouer les « boucs émissaires ».
« La chambre s'est désengagée après avoir mis 30 MF depuis 1973 pour le maintien de cet équipement, parce qu'elle y a été poussée par la Ville. N'essayez pas de vous défausser sur elle. La municipalité en brandissant les nuisances, l'argument de la sécurité, le périmètre du plan d'exposition au bruit, avait pour seul objectif de récupérer les terrains pour les lotir. Elle n'a jamais participé au financement de l'aéroport. Mais elle en est le créateur, le propriétaire foncier et le destructeur ». La sortie présidentielle a déclenché les applaudissements de la salle.
« La prison près
de la Liberté »
Gilbert Meyer n'a pas cillé sous l'attaque, affirmant que ce dossier avait été réglé dans la transparence. « Vous avez dénoncé le contrat juste avant les élections. Et je devrais vous en remercier. Le projet de fermeture de l'aéroport figurait dans mon programme électoral. Et vox populi... », a lancé le maire, s'attirant quelques huées.
Le président de la CCI est repassé à l'offensive, pour brocarder la construction d'une prison sur l'aéroport. « Vous allez construire une espèce de forteresse avec des miradors à un jet de pierre de la statue de la Liberté. Cette maison d'arrêt n'a pas sa place là ». Après une heure d'exposé et trois quarts d'heure de débats plus musclés, le maire a quitté la salle, appelé par son travail de député. (Nous reviendrons sur les autres points sensibles -fiscalité, déviation de Wintzenheim- dans une prochaine édition).
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Dernières Nouvelles d'Alsace
2 mars 2004